Maître Lucas Gronchi – Droit des Affaires

Avocat au Barreau de Marseille

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Entreprise dominante : quand doit-elle ouvrir l’accès à une ressource essentielle ?

Certains marchés dépendent d’une ressource contrôlée par un seul acteur dominant : un réseau, une plateforme, une technologie, une base de données. Un concurrent qui s’en voit refuser l’accès peut se trouver dans l’impossibilité même d’exercer son activité. Peut-il alors contraindre l’entreprise dominante à lui ouvrir cet accès ? La réponse est oui, mais seulement dans des conditions strictes et exceptionnelles.

Détenir une position dominante n’est pas un abus

Il faut d’abord lever une confusion fréquente : occuper une position dominante sur un marché n’a rien d’illicite en soi. Ce que la loi prohibe, c’est l’exploitation abusive de cette position. Ce principe résulte de l’article L. 420-2 du Code de commerce en droit interne, et de l’article 102 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne lorsque le commerce entre États membres est affecté. Parmi les abus visés figurent notamment le refus de vente, les ventes liées, les conditions discriminatoires — et le refus d’accès à une ressource indispensable.

La théorie des infrastructures essentielles

Ce dernier cas s’analyse à travers la théorie dite des infrastructures essentielles. Selon cette approche, une entreprise dominante qui contrôle une ressource à laquelle un concurrent doit pouvoir accéder pour exercer réellement son activité peut, exceptionnellement, voir son refus d’accès qualifié d’abus. La ressource en cause peut être une infrastructure physique — un réseau de distribution, une plateforme logistique — mais aussi une technologie, un système technique ou des données indispensables.

Trois conditions cumulatives

L’ouverture d’accès n’est jamais automatique. La jurisprudence, à la suite de l’arrêt Bronner, subordonne la qualification d’abus à la réunion de trois conditions cumulatives. Le refus doit être de nature à éliminer toute concurrence sur le marché de la part de l’opérateur qui demande l’accès. Il ne doit pas être objectivement justifié. Enfin, la ressource doit être réellement indispensable, en ce sens qu’il n’existe aucune alternative réelle ou potentielle, sa duplication n’étant pas économiquement ou techniquement réaliste.

Un équilibre avec la liberté d’entreprendre

Ces conditions restrictives ne sont pas fortuites. Même dominante, une entreprise demeure en principe libre de contracter ou non et d’exploiter pour ses propres besoins une infrastructure qu’elle a développée : la contraindre à en ouvrir l’accès porte atteinte à sa liberté contractuelle et à son droit de propriété. Un accès trop facilement imposé découragerait par ailleurs l’investissement, au détriment final des consommateurs. C’est pourquoi l’obligation d’accès reste réservée à des situations exceptionnelles.

L’extension au numérique

La notion connaît un prolongement marqué dans l’univers numérique, où certaines données, interfaces de programmation ou conditions d’interopérabilité peuvent être reconnues comme essentielles. L’affaire Google Shopping a ainsi consacré l’idée qu’un accès équitable à certaines fonctionnalités conditionne la concurrence des services rivaux. À ce cadre jurisprudentiel s’ajoutent désormais des obligations imposées en amont aux grandes plateformes par la réglementation européenne sur les marchés numériques.

Comment agir

Une action sur ce fondement suppose une analyse concurrentielle rigoureuse : délimitation du marché pertinent, démonstration de la position dominante, caractère indispensable de la ressource, absence d’alternative réelle et effets du refus sur la concurrence. L’Autorité de la concurrence peut être saisie ; elle dispose de pouvoirs étendus, dont des injonctions d’accès, des mesures conservatoires et des sanctions financières lourdes. Une décision de l’Autorité constatant l’abus facilite en outre grandement l’action civile en réparation ultérieure, la faute étant alors déjà établie.

En pratique

Pour l’entreprise qui se voit refuser l’accès, l’enjeu est de réunir des éléments concrets sur le marché, l’absence d’alternative et l’impact du refus. Pour l’entreprise dominante, la clé est de pouvoir justifier objectivement son refus. Dans les deux cas, l’appréciation est technique et suppose un examen approfondi du marché concerné.

Vous êtes confronté au refus d’accès d’un acteur dominant, ou vous vous interrogez sur vos pratiques en position de force sur votre marché ? Je vous propose un premier échange téléphonique gratuit pour examiner votre situation. Contactez le cabinet au 07 68 06 38 37 ou à l’adresse lucas.gronchi@avocat.fr.


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